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Regard sur
la profession

Olivier Mirguet est photographe, représenté par l’agence Vu,
et journaliste radio. Il est chroniqueur photo de l’émission Eclectik sur France Inter.

 

Rondes  
L'architecture de la Maison de radio France, à Paris, témoigne d'une époque ou l'information était sous contrôle du pouvoir, Inauguré en 1963, en pleine guerre froide, le bâtiment a été conçu comme une forteresse.
depuis deux ans, je prends mon appareil et j'erre dans les couloirs.
Devant mon ordinateur, grâce aux dépêches des agences de presse, je suis censé être au contact du monde et relayer le nouvelles. Mais autour de moi, je ne trouve que vide et énignes.

 
Un jour, lors d’une ronde photographique, j’ai découvert au sous-sol, une photocopie scotchée au mur. Un texte de Michel Foucault, inspiré de son livre Surveiller et Punir.
Foucault y décrit un bâtiment en forme d’anneau, avec une tour au centre, dans laquelle prend place un surveillant.
La Maison de Radio France ?
J’ai arraché la feuille du mur et j’ai décidé que Foucault serait mon guide dans l’édifice.

Olivier Mirguet,
janvier 2005.


Doit on parler de crise de la presse
ou de crise du photojournalisme ?
 

Depuis les années 80, la presse traverse de graves difficultés économiques : elle produit moins de sujets et donc moins d’images. Et surtout, à travers les banques de données, elle a recours à des images moins chères, plus faciles à lire. Mais si la presse a « abandonné » la photographie, les photojournalistes portent aussi une part de responsabilité. Ils dénoncent une « presse malade » mais reste dans l’autocélébration, sans remettre en cause leur démarche photographique. Du coup, les images produites ont tendance à êtres standardisées, les photographes recherchent l’îcone, la photo qui va tout dire.

Quel est le rôle du numérique dans
cette évolution ?
  


 

La vitesse implique moins de recul sur l’image et, peut être, une qualité moindre. En tous cas pour le moment, je ne vois pas d’esthétique numérique intéressante.
Le numérique a aboli les délais entre prise de vue et publication. Il y a moins de sélection, plus de lecture des planches contact après coup. Or, c’est pourtant le rôle du journaliste de porter un regard.

Des photographes ont réagi
à cette situation…

Oui, des jeunes photographes qui ne trouvent plus leur place dans la presse. Il y a d’ailleurs eu un glissement sémantique puisqu’on parle de « photo documentaire », un peu à tort et à travers. Cela implique en tout cas une véritable interrogation sur le travail et notamment sur la distance entre l’acte de prise de vue et le fonctionnement de médias pris dans l’économie de l’information. C’est une question d’exigence.

 



Le recours à d’autres supports que la presse, est-ce une stratégie liée à cette exigence ?

Ce mouvement de critique de la presse n’est pas nouveau, Cartier-Bresson et Kertès y ont souscrit aussi. Les expositions, les livres participent à une certaine reconnaissance du photographe en tant qu’auteur et c’est positif. Mais d’une part, c’est une reconnaissance encore très brouillonne : si on prend l’exposition des images de l’Afp à la Bnf, on retombe une fois de plus dans la valorisation de la presse, dans une célébration d’un certain type d’images. D’autre part, ce n’est pas nécessairement une solution pour le photographe. Il est très coûteux de produire une expo et les institutions ne sont pas si nombreuses. Parce que j’ai la casquette de journaliste radio, je suis dans une situation spéciale, je peux me consacrer entièrement à mes recherches personnelles, mais pour nombre de mes collègues, la situation est difficile. C’est paradoxal dans une société abreuvée d’images ! Ils travaillent dans le « corporate », la communication des grandes entreprises.

Quelles perspectives se dessinent pour la profession ?

Je suis assez pessimiste car aucun titre de presse ne fait référence en matière de photo. Pourtant, il ne faut pas abandonner la presse ! Il faut des images avec un sens, sinon, qu’est-ce qu’on donne comme information aux gens ? Il y a pourtant une ouverture qui nait grâce à des photographes qui réfléchissent. Je pense à Gilles Saussier, Antoine d’Agata, Luc Delahaye, Guillaume Herbaut. Ils jouent avec l’absence de frontières et font surgir une vraie interrogation sur les rapports entre l’art et le documentaire.

Raphaële Baïl

Photos    © Olivier Mirguet/Vu 

 

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