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 « Le problème de l’identité
de la photographie n’est pas résolu » 

Interview de Gaëlle Morel, auteur de la thèse « La culture de l’auteur, l’institutionnalisation de la photographie en France depuis les années
soixante-dix », enseignante à Paris I.

Quand et comment la photographie commence-t-elle à exister en dehors de la presse?

L’émergence de la photo dans le paysage culturel français remonte aux années 1970. Elle gagne progressivement une place dans les musées d’art, elle se dote de ses propres institutions et ce, grâce au militantisme de ses acteurs. Les photographes mettent alors en avant la notion d’auteur pour légitimer l’entrée de la photographie dans le champ culturel. Cette dernière englobe une double identité : celle de professionnels de la presse mais aussi d’acteurs culturels reconnus. En 1985, la loi sur les droits d’auteur est d’ailleurs modifiée pour englober l’ensemble des activités du genre photographique.

 

Parallèlement à cette reconnaissance, les photojournalistes évoquent le manque d’espace dans la presse et son uniformisation visuelle, notamment par rapport à l’âge d’or des années 50-60 ?

À une certaine époque, il y avait effectivement plus de supports et beaucoup plus d’argent dans la presse et, surtout, c’était la seule destination possible de la photo. Mais je ne crois pas que l’on puisse parler d’âge d’or. Quel changement note-t-on dans les reportages de Paris-Match ces dernières décennies ? Aucun. On ne peut se référer à Actuel et Libération qui sont deux ovnis de l’information mais ne sont en aucun cas la norme. Le rôle de Caujolle à Libération fut fondamental pour imposer cette notion d’auteur, de subjectivité du photographe, mais dans l’ensemble, la presse reste ce qu’elle a toujours été.

Hors de la presse, à quoi les photojournalistes destinent-ils leur travail aujourd’hui ?

Attention, la presse garde toute son importance et reste un moyen de subsistance même si les photographes n’y font pas nécessairement ce qu’ils veulent. Mais ils explorent d’autres pistes. Les expositions restituent à la photo sa dimension culturelle au sens large. Le livre reste un critère de reconnaissance et confère une certaine noblesse ; surtout, il permet une réappropriation de son œuvre par le photographe qui travaille en étroite collaboration avec l’éditeur. Les galeries participent à une valorisation des images (notamment en limitant les tirages) et, depuis 2001, on assiste à l’émergence d’un marché de la photographie avec des ventes aux enchères de photos de reportage, mais les résultats ne sont pas encore probants en termes financiers.

La photo imite les beaux-arts ?

Oui, mais mimer les codes du champs de l’art, est-ce vraiment une bonne solution ? On peut aussi faire ressortir les spécificités du genre comme sa valeur d’usage (justement dans la presse) et son côté reproductible. Le problème fondamental reste la question de l’identité du médium, toujours par résolue. Mais je crois qu’à terme, un clivage se créera entre une photographie de reportage et une photo purement artistique. Le parcours de Luc Delahaye est à ce titre exemplaire : il a d’abord exclusivement travaillé pour la presse, puis au sein de Magnum en mélangeant les genres pour évoluer aujourd’hui vers une photo purement créatrice, artistique.

Raphaële Baïl 





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