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Faces cachées  

Une exposition collective de photographes chiliens contemporains, se tient en ce moment et jusqu’au 30 Avril à la Maison de L’Amérique Latine. Faces cachées, ce titre guide l’ensemble de ce parcours à travers la mémoire des marges et l’histoire de leur effacement.
 

 

Dans la première pièce, les travaux de Zaïda Gonzales exhibent des photographies posées et provocatrices. L’intention ironique est évidente, la photographe détourne les clichés de la photographie érotique et s'expose elle même dans des mises en scènes colorisées. Fantasmes, désirs sont ici mis à nus ainsi que certains ressorts sociaux qui les supportent; la religion, la virilité... Cependant, en l’absence de toute mise en contexte plus précise, et c’est là un reproche que l’on peut faire plus généralement à l’ensemble des accrochages, on ne peut recevoir ces premières images que comme un jeu grivois, banalement désacralisateur.
 
 

 
Les murs de la salle suivante exposent les images de Leonora Vicuña, qui mène une réflexion sur le peuple mapuche, son identité et son lieu. Là aussi, la retouche manuelle est employée, cette fois pour rendre manifeste un rapport intime au peuple en question. Le projet est intéressant et l’on perçoit bien l’engagement affectif de la photographe mais de nouveau surgit cette impression de glisser sans comprendre ce qu’on voulait faire voir. La sélection présentée ici, presque sans explications ne parvient qu’assez mal à faire saisir la singularité de ces vies sur leur territoire.

 

 

 
La suite est consacrée à Claudio Pérez et débute sur un travail dédié à la culture du peuple quechua. Ces photographies intrigantes, dépourvues de commentaires, fascinent à la manière d’images rêvées. Ces populations dépossédées semblent y subsister grâce à cette dimension qui échappe à l’emprise : un rêve et une vie spirituelle qui s’incarnent à l’image, dans les scènes du quotidien autant que dans les cérémonies.

 

 

 
Sans transition, nous sont alors donnés à voir deux portraits partiellement effacés. Ces photographies sont des reproductions extraites d’une vaste installation située dans une rue de Santiago, un mur de la mémoire où sont regroupés de nombreux portraits de détenus disparus sous la dictature. Ces visages exposés au lent processus d’effacement et de dégradation inscrivent visuellement l'oubli.
En même temps, naît une nouvelle présence énigmatique issue de la perte du référent et des marques surimposées au cours du temps (traces, déchirures, tags...). Ces visages d’absents reçoivent alors une force nouvelle de leur proximité avec cette mort seconde, celle de l’image qui se défait.
 

 
Les deux accrochages suivants sont tous deux centrés sur la période de la dictature de Pinochet et ses suites. Là, chez Alvaro et Alejandro Hoppe autant que dans la dernière série de Claudio Pérez sur le même thème, il y a quelque chose de très frappant. Dans beaucoup de ces images, qui capturent ces scènes de manifestation, de répression et de commémoration, on retrouve une oscillation entre deux pôles. D’une part la saisie d’un événement dont le photographe veut rendre compte dans son contexte et en y incluant le plan large des éléments qui en restituent le cadre (les passants, la vie quotidienne, les boutiques …) Sur l’autre versant, certaines images subsistent comme traces génériques, valant par et pour leur force expressive. Elles ne prennent alors plus tellement en charge le fait singulier à l’occasion duquel elles ont pu surgir mais valent plutôt comme symboles de la colère, de l’oppression, de la disproportion des forces. Ce sont elles qui frappent le plus, leur composition est plus simple, plus nette et immédiate, le contexte se fait plus flou : des images d’autant plus fortes qu’elles informent moins sur l’instant capturé.

L’un des textes de l’exposition mentionne d’ailleurs ce double pouvoir : d’une part rendre compte de situations toujours singulières, de l’autre façonner l’imaginaire, former une mémoire historique qui fonctionne peut-être en partie sur des archétypes visuels.
 

 

 
Pour finir, une série d’images de Luis Navarro sur les communautés gitanes du Chili au sein desquelles il a pu trouver refuge pendant la dictature. De belles images mais peu nombreuses et sans réelle mise en contexte, on ne nous explique notamment pas pourquoi ces images ont été tirées sur toile, peut-être en référence à la tradition picturale hollandaise dont il semble parfois reprendre les codes. Le manque d’information ne rend pas justice au travail de grande ampleur mené par Luis Navarro au sein de la communauté kalderash avec laquelle il a tissé au fil du temps des liens profonds.
 

 
S’il fallait faire un reproche d’ensemble à cette exposition qui nous dévoile des faces méconnues de la société chilienne, c’est de laisser trop souvent le visiteur devant l’image brute, dépouillée de son contexte. Ces photographies, souvent extraites de projets plus larges et ambitieux, mériteraient une meilleure présentation.



Pierre Braud

La maison de l'amerique latine

12 FÉVRIER - 30 AVRIL 2016

LUNDI AU VENDREDI : 10H > 20H

SAMEDI : 14H > 18H

FERMETURE LES JOURS FÉRIÉS

ACCÈS LIBRE

 

 

   

 

  

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

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