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PhaseOne P40+   
Camera DF Capture-One

Voici plus d'un mois que nous tournons autour de ce trio  indissociable et riche en fonctions.
En effet, comment parler de la caméra, qui peut aussi être commandée en partie depuis le dos ?
Comment parler du dos sans parler du logiciel de dématriçage avec lequel il peut travailler en connection directe, comment parler de l'objectif normal sur un capteur de facteur 1,3 ? Et pour couronner le tout, avec les notices en anglais (les seuls mots en français se trouvent dans le menu du dos).
Nous avons donc choisi de limiter au maximum ce test de prise en mains.
Moirage, résolution, profondeur, dynamique et chromie seront les points abordés, nous ne parlerons que très peu du boîtier et de ses menus.

 

La caméra DF
Quand Olivier Rigal nous en a fait la présentation de la camera, il nous a précisé que c'est la première fois que Phase-One participe à la conception d'un boîtier chez Mamiya. Ce nouveau modèle de 645, Caméra DF embarque plusieurs innovations, résultant des demandes de photographes travaillant avec des produits Phase-One.
La première chose que l'on remarque, ce sont les objectifs à obturateur central signés Schneider. Ces objectifs, de conception allemande et fabriqués au Japon, sont équipés d'un obturateur central pouvant atteindre 1/1600s (!!) avec synchronisation à toutes les vitesses. Le passage à des vitesses supérieures est automatique, et on a en plus la possibilité de le débrayer pour travailler en obturation plan focal seulement. Rien que cette innovation suffit à transformer cette caméra en un outil précieux pour la photographie. Le portraitiste en extérieur verra immédiatement la portée de ce progrès.

Sans entrer dans toutes les fonctions de la Caméra DF, on peut rappeler que son autofocus très précis est annoncé jusqu'à 30% plus rapide, que l'exposition auto est très juste, que le dialogue avec le dos est total, de plus le nouveau prisme est plus lumineux. Nous avons aussi remarqué que le miroir est très bien amorti et, surtout, que le mode M-Up (permettant de prélever le miroir) couplé à l'obturation centrale, permet des vitesses d'obturation très basses, avec des vibrations minimes.
  

 


 

L'objectif
Dans la série de tests de prise en mains des moyens formats, nous avons commencé par le Leica S2 et son Summarit 70mm f/2,5 qui a placé la barre très très haut. Que vaut alors le 80mm f/2,8 Schneider face à une telle qualité ?
Nous ne pouvons répondre que partiellement car, même si le capteur a des pixels de 6µ sans filtre anti-aliasing comme le S2, le P40+ n'est pas un plein cadre. Le 80mm équivaut à un 100mm sur ce capteur, et on ne peut pas mesurer sa qualité dans les coins réels d'un 4,5x6.
Sans pouvoir le tester sur banc, les dizaines d'images que nous avons faites sur la mire Rf1 de très haut contraste nous permettent de dire que cette optique couplée au P40+ est excellente,  la qualité est légèrement inférieure au Summarit 70mm couplé au S2 dans des zones comparables, c'est-à-dire la Zc et la Zim.
Dès f/4, la résolution et le contraste sont de très haut niveau ! Ici, sur les images prises à 1/100 et présentées à taille réelle, on peut voir l'excellent comportement à f/5,6, et même si le prélèvement dans la zone périphérique n'est pas aussi éloigné du centre que sur un plein format, vue son extraordinaire qualité, il laisse présager de très bon résultats.
 


 

Le Capteur
Dans l'offre de transition vers le moyen format total(645), le P40+ est le plus petit en surface dans le catalogue de la marque. Le choix pour les photographes qui ne peuvent acquérir le P65+ pratiquement plein format sera très fortement dicté par le type de prises de vues.
Le photographe de studio et le portraitiste pourront choisir le P40+ sans aucun problème : le facteur de multiplication (1,3) peut justement leur convenir pour choisir des focales plus courtes. Le macro 120mm, par ex, devient un 156mm. Sur une chambre, cela leur permet d'augmenter la profondeur de champ tout en profitant du cercle d'image supérieur au format capteur pour décentrer.
En revanche, pour les photographe de paysages et d'architecture qui travaillent en grand angle, le P45+, avec sa plus grande surface, leur permettra de gagner en angle de champ. Rien n'est simple !
En attendant le 4,5 x 6 pour tous, nous voilà avec un 32,9 x 43,9mm et un 80mm  équivalent au 100mm pour nos tests
Dans ce CCD le concentré de technologie Dalsa-PhaseOne a permis de rajouter à la pleine résolution un mode à résolution moindre appelé
Sensor+. Cette nouvelle technologie permet de réunir plusieurs pixels pour augmenter la surface sensible de chaque couleur,  les très hautes  sensibilités deviennent possibles, bien sur la résolution diminue de 75%(10Mp), mais ça permet à Phase-One d'annoncer un gain de 4 diaphragmes.

Le rendu et les maillons
La série « optique + boîtier + capteur + dématriceur » est la nouvelle fierté de la marque : des produits performants et cohérents à tous les niveaux de la chaîne.
Quel en est le maillon faible et sur quelle type de prise de vue? Quand cet ensemble nous fait-il défaut ? Tous les diaphragmes, vitesses, sensibilités et distances de la MAP sont-ils exploitables ? Voilà ce à quoi nous voulons répondre.
Comme pour le Leica S2, nous ferons d'abord l'exercice imposé des mires en plan rapproché et à l'intérieur d'un tableau de 180 x 120cm à différents diaphragmes et sensibilités, et ensuite des PDV sur nature en extérieur.


Mire à détection Bayer
La première image au rapport 1/8,3 nous montre une excellente reproduction. Sur cette image à f/5,6, toutes les formes sont bien restituées, ce qui confirme la qualité de l'objectif même sur des courtes distances de Map.
Pour le rapport 1/42, l'image est toujours très bonne mais légèrement plus arrondie que celle du S2,  est-ce dû à l'optique, à la Map?, à un traitement sous-pixel pour gérer les artefacts colorés, secret de la marque? Nous ne pouvons pas le dire, toutefois, même si l'image est légèrement plus douce, elle reste de très grande qualité.
 


F/5,6 Cliquez sur l'image 

 


F/8 Cliquez sur l'image 

Le moirage
Le moirage du P40+ est bien maîtrisé, et même si des phénomènes de résonance et d'artefacts colorés sont existants, ils sont mieux corrigés que sur le S2. Avec le mode Sensor+, le moiré est plus fort, et surtout il génère des formes aléatoires. Décidément, cette mire pose de grands problèmes à Bayer, et c'est bien de le savoir, même si les probabilités de trouver un sujet aussi difficile sont extrêmement faibles.


f/5,6 Cliquez sur l'image
 

Dynamique, résolution et sensibilité
Dans la série de tests qui va suivre, nous mettrons en évidence les différents comportements liés aux iso, diaphragmes et modes (normal ou Sensor+).
Avant de commencer ces tests, nous avons demandé à Olivier Rigal de Prophot Numérique pourquoi deux capteurs avec des pixels de 6µ (Leica S2-Kodak, P40+-Dalsa) ont des sensibilités nominales si différentes, c'est-à-dire 160iso pour le S2 et 50iso pour le P40+.
Pour l'instant, nous n'avons malheureusement pas de réponse de la maison mère. Est-ce le type de silicium (dopé) et son traitement qui permettent un gain supérieur chez Kodak ? Est-ce la densité des filtres RVB utilisés dans la mosaïque de Bayer, plus denses et sélectifs sur le P40+ ? Est-ce un choix de traitement du signal et des courbes de sorties ? Nous ne le savons pas, mais une sensibilité 1,5 fois supérieure, avec la même taille de photo-sites, reste pour nous un grand mystère.
Le P40+ de Phase-One avec 50iso nominal propose une variation de 4 diaphragmes (800iso) en mode normal et 6 (3200iso) en mode Sensor+. Avec nos mires, nous avons constaté le gain obtenu avec Sensor+ : il est très remarquable au-delà de 800iso mais, contrairement à nos espoirs, la dynamique reste pratiquement inchangée.
 


f/8 Cliquez sur l'image 

 


800iso f/8 Cliquez sur l'image 

 

 
50 iso f/8 Cliquez sur l'image

Les nuances
Nous voilà dans la phase finale de ce test de prise en mains. Les mires et les gammes nous disent des choses très intéressantes sur cet ensemble au service du P40+, mais elles ne suffisent pas pour expliquer un autre aspect que nous avons remarqué en développant les prises de vue : le rendu (chromie et nuances), qui est exceptionnellement fin et nuancé et qui, malgré l'écrasement dû au .jpg, reste différent des autres. Est-ce dû aux filtres ? aux algorithmes ? au 50iso ? Une petite voix dans une langue venue d'ailleurs nous répond « les trois, et + ».
Pour essayer de comprendre le mystère de la chromie, nous avons fait des tests avec des filtres techniques très sélectifs en rouge, vert et bleu, allant de 0 à 4 en densité optique. Ce test de mise en parallèle avec les résultats d'un D3x nous informe un peu plus sur les comportements des capteurs. Les images ci-dessous sont exposées et traités de la manière la plus proche. Elles nous montrent la différence de sélectivité des filtres RVB ; sur le D3x, la sélectivité est moindre : cette particularité est très visible sur la couche verte et  bleue. Le regard attentif nous permet de voir que le vert P40+ est plus jaune et plus pur que celui du D3x car il laisse passer un peu de rouge seulement,  la ou celui du D3x laisse passer beaucoup de bleu. Voilà un début de réponse : la trichromie du P40+, est plus sélective pour chacune des trois couleurs.
Dans nos prochains tests, nous essaierons de développer  cette piste en accompagnant les images avec des courbes spectrales.

 
 

 

C'est dommage que les fabricant n'informent pas d'avantage sur les réponses spectrales, nous avons trouvé ce type de document chez Dalsa, mais pas pour le P40+

 

Conclusion
Phase-One, leader du secteur du dos moyen format, confirme désormais la « One place » avec des systèmes complets (de l'optique jusqu'au dematriceur) très adaptés aux photographes professionnels. On espère que, grâce au prix très abordable du boîtier, des photographes moins fortunés pourront aussi bénéficier de cet outil remarquable.
Dans un autre domaine, le seul carton rouge de frustration, que mérite la marque est celui de la langue, car il est très décevant de ne pas pouvoir bénéficier d'une vrai notice, mode d'emploi, ou et d'un site... en français!

Les images
Pour ces tests nous n'avons pas eu la possibilité de travailler en studio : toutes les images présentées ont été prises en lumière naturelle.
Pour l'observateur attentif, il faut rappeler que plus le capteur est performant, plus la dégradation pour le web est grande. En effet, comment présenter des images complètes qui font 250cm de largeur en 72ppp ? Comment montrer tout l'espace couleur et la dynamique avec un profil ICC RVB très limité ? La technique actuelle du web ne le permet pas, ce que vous verrez ce sont des pâles copies et des parties d'images choisies et présentées au mieux. La belle surprise est que, malgré cela, malgré le fait que cette platine Hi-Fi soit connectée à un mégaphone de gare, elle nous fasse quand-même entendre d'autres sons.

Voir les images

Tin Cuadra

Nos remerciements à Olivier Rigal de Prophot Numérique et Fabrice Michaux du Moyen Format pour le prêt du matériel et les conseils.

PhaseOne

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

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